La pratique habituelle en occident en matière de soin est celle du diagnostic ; elle est une démarche scientifique en vue d’établir une connaissance du trouble dont une personne est atteinte à partir d'un nombre plus ou moins élevé de renseignements obtenus au sujet de cette personne. Une fois le diagnostique effectué, un traitement est prescrit en fonction du type de maladie identifiée. La pratique occidentale du shiatsu et de l’acuponcture, par exemple, ne fait pas exception, la différence réside dans l’utilisation de connaissances orientales (méridiens, points d’énergie etc.) plutôt qu’occidentales. En Seitai, le corps est un objet de compréhension plus qu’un objet de connaissance et sa technique ne fait pas utilisation des ces données. Le praticien n’établit pas de diagnostic mais une compréhension intime de la façon dont la personne fonctionne avec son corps et identifie l’impact de cette utilisation sur la santé ; il peut alors agir de façon ciblée et adaptée aux besoins du corps qui se présente à lui.
Le corps, objet de connaissance
D’après l’Office de la langue française, 2001 « L’établissement d'un diagnostic implique un mécanisme intellectuel par lequel le praticien convertit les observations dont il dispose (signes et symptômes, données d'interrogation de la personne ou de ses proches, résultat des examens ou des tests subis par la personne, etc.) en entités conceptuelles lui servant d'une part à reconnaître les causes et les signes de l'affection et à les expliquer en vue d'une action, et d'autre part à la différencier des affections voisines ».
Ainsi, une personne allant consulter un praticien pour disons un mal de ventre, se soumet à un protocole de test afin d’identifier précisément la pathologie et établir un traitement en conséquence. L’avantage de ce système est sa démarche positive: la quantité d’information et la connaissance du trouble croit à chaque étape du protocole pour finalement aboutir à l’identification –éventuellement par un spécialiste- ou à la nouveauté du cas. Cette méthode est particulièrement efficace en médecine pour les affections épidémiologiques où le traitement doit cibler exactement l’agent envahisseur et pour les disfonctionnement du corps mettant en danger la vie du patient où la partie défaillante doit être traitée pour préserver la personne.
Un sous-produit de cette méthode est la classification d’un symptôme ou d’ensemble de symptômes simultanés en maladie. Ainsi par exemple, une personne qui a un trou dans l’estomac ou les intestins, a la maladie appelée ulcère, une autre ayant de la fièvre et le nez bouché aura la maladie appelée rhume etc. C'est-à-dire que le ou les symptômes récurent et identifiables se transforment en une maladie au même titre que l’invasion par un agent infectieux. La raison de la maladie est mise en rapport avec l’âge, le mode de vie etc. regroupés sous le terme de facteurs de risque mais avec la constatation que certaines personnes deviennent malades et d’autres pas. Dans ces cas là, le cancer pour prendre un exemple extrême, la connaissance ne fourni pas de compréhension de la maladie. Des tentatives d’explication passent par le psychisme, notamment la théorie des somas dans laquelle la maladie est l’expression d’un trouble psychique. C’est alors la psyché qui devient objet de connaissance et le praticien – somatologue – cherche un diagnostique dans la psychologie de la personne.
Lorsque qu’il n’y a pas de compréhension, prodiguer un soin est comme essayer de remplir un seau avec un trou : le seau est vide parce qu’il y a un trou, pas parce qu’il refuse de se remplir ; de même le corps ne déclenche pas un trouble parce qu’il a décidé d’être malade, nous supposons l’existence d’une raison accessible à la compréhension. De la connaissance à la compréhension, il existe un espace, une étape que nulle opération logique ne permet de franchir car cela fait appel à l’intuition et la capacité à communier. La connaissance participe de la conceptualisation et peut aider à générer une compréhension mais elle n’est pas suffisante car la compréhension s’occupe du particulier.
Le corps, objet de compréhension
Le Seitai ne fournit pas de diagnostic ; une des raisons étant qu’il considère que la seule maladie est l’incapacité du corps à se soigner lui-même. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de connaissance à avoir en Seitai, mais ceux-ci ne sont que des panneaux indicateurs ou des observations générales. Ainsi, le praticien Seitai est incapable, à priori, de dire à une personne ce qu’elle doit faire pour se soigner ; il n’est pas médecin. Par contre, il peut lui indiquer comment revitaliser son corps et la confronter à ses blocages responsables du désordre.
Ainsi, le Seitai opère de façon similaire mais distincte à l’établissement d’un diagnostique dans le sens où il cherche à générer une compréhension du corps de la personne. Le Seitai-Sôhô est ainsi composé à 90% de lecture du corps et 10% d’intervention. Le praticien pratiquera donc par exemple ce que nous appelons une écoute du ventre : il observe certaines zones sensibles et les points remarquables du corps et de la personne qu’il a sous sa main. De cette observation et de la relation/communion qu’il met en place avec la personne, il établit une carte du fonctionnement du corps de la personne qui lui donne la compréhension de la relation entre le corps et le trouble qui l’agite.
Comme l’a si bien dit Jacques Salomé : « toute maladie est un mal-à-dire », la première étape est d’écouter ce que le corps a à dire. A ce moment, le praticien peut intervenir sur le corps pour l’aider à se re-vitaliser, à prendre conscience de ses blocages/insensibilités en guidant sa vitalité vers la ou les zones concernées. L’étape suivante est de faire émerger cette compréhension chez le client. Parfois, la séance Seitai-Sôhô suffit ; dans les autres cas, le praticien Seitai enseigne un exercice qui va mobiliser la vitalité dans les zones insensibles ou encore solliciter les parties endormies de la personne. Tant que le client n’a pas pris compris, au niveau conscient ou inconscient, où résidait son blocage et comment le surmonter, il ne réussira pas l’exercice, soit en rusant – en le faisant inconsciemment mal – ou en étant incapable de le faire – douleur ou blocage.
Comme nous l’avons vu, le Seitai n’est pas seulement une technique mais un art dans la mesure où il fait appelle à ce que faute de mieux, nous appelons l’intuition. L’intuition est utilisée pour générer la compréhension du corps étudié tout en gardant un cadre formel dans lequel le praticien peut valider son action ; il ne s’agit pas de magie ou de pouvoir mais d’empathie. Le praticien Seitai a seulement développé sa sensibilité de façon à sentir la vibration de la vitalité du corps, à écouter ses doléances et répondre à ses besoins.